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Trois ans pour refondre mon portfolio

Trois ans entre la première itération et la version mise en ligne. Trois directions complètes. Quatre à cinq mois sur une version terminée qui n'a jamais été publiée.

Le portfolio initial

Mon ancien portfolio datait d'avant mon passage en freelance. Forcément, avec le temps, il était de moins en moins pertinent et très difficile à maintenir, chaque projet ayant son propre rendu de logo en 3D. Les travaux étaient cachés en premier lieu pour laisser la place à un effet de shader. Le gros problème : difficile de voir mes créations sans fouiller, alors que c'est pourtant l'essentiel pour un designer.

Plus le temps passait, moins il reflétait mon travail. L'idée d'une refonte me trottait de plus en plus dans la tête, mais comment faire ? Par où commencer ?

Lien vers cette version : 2023.rmoon.me

Portfolio 2023

Décider à qui il s'adresse

Après huit ans dans l'écosystème, je sais qui atterrit sur mon site. Des fondateurs, surtout de startups early-stage, avec un projet déjà en tête.

Le visuel est bien entendu primordial pour convaincre tout de suite. Les visiteurs se font une opinion en quelques secondes. Si le travail ne convainc pas à l'œil, rien d'autre ne sera lu.

C'était mon objectif principal pour les versions suivantes : ne plus cacher mon travail, le mettre en avant, c'est lui la star du site. Le raisonnement reste dessous pour qui veut creuser. Rien d'important n'est caché, rien n'est imposé aux gens pressés.

Le process compte quand même, plus tard, pour ceux qui veulent vérifier que le résultat n'était pas un coup de chance. On ne vous engage pas parce que vous savez produire un bel écran. On vous engage parce qu'on croit que vous pouvez recommencer sur son produit. C'est la colonne vertébrale qui va diriger toute la suite du travail.

Première itération : trop discrète

Légère, minimale, avec un conteneur très étroit. Une évolution directe de l'ancien site. Même lune 3D, à peu près le même contenu, une mise en page plus propre.

Cette version a lentement été abandonnée. J'y revenais après quelques semaines de travail client, un peu moins convaincu à chaque fois. Il m'a fallu du temps pour faire confiance à cette sensation, mais je préférais m'écouter plutôt que de m'entêter.

C'était une liste de projets et rien d'autre. Aucune direction visuelle, aucune place pour les petits détails que j'aime fabriquer. La lune en 3D prenait encore beaucoup de place et le pas sur les projets. Une fois retirée, il ne restait rien. Le site n'avait plus de voix.

Avec le recul, cette version était trop sage, trop passe-partout, et ne mettait pas tant que ça mes projets en avant.

Lien vers cette version : 2024.rmoon.me

Portfolio 2024

Itérations suivantes : la chasse au détail mémorable

Je voulais un détail unique sur le site. Une idée assez forte pour qu'on se souvienne d'où on l'a vue.

Le portfolio de Henry Heffernan était ma référence, et je le tiens toujours pour l'un des meilleurs jamais faits. J'en ai retenu l'ambition d'avoir un vrai concept, plus que l'exécution.

Je suis parti sur quelque chose de brut, très orienté informatique. Vieille machine, écran de boot, index de fichiers à la place d'une liste de projets, ce genre de choses.

Puis les capacités de code des IA ont explosé en plein milieu de l'exploration. Pour le fun, j'ai donné mes prototypes à une IA en lui demandant d'en faire un faux système d'exploitation.

C'était visuellement encore peu convaincant, mais ça marchait. Gestion des fenêtres, bureau, icônes, fonctionnel du premier coup. Une chose très commune aujourd'hui, mais au moment où je l'ai fait, c'était dingue.

J'ai passé quatre à cinq mois à construire cette version proprement, à polir tous les détails, à explorer des idées encore et encore.

Lien vers cette version : old-os.rmoon.me

Ancien portfolio OS

Pourquoi je ne l'ai jamais publiée

Elle était terminée et j'en étais très content au début. Puis le syndrome que connaissent tous les designers qui font leur portfolio est arrivé : le doute, ce petit quelque chose qui m'empêchait de publier.

Il m'a fallu longtemps pour mettre un nom dessus. J'avais construit un portfolio pensé pour gagner un Awwwards, pas pour gagner des clients. Un fondateur qui arrive sur une version stylisée d'un bureau doit apprendre une interface avant d'atteindre le moindre projet. Beaucoup de détails, plein de fenêtres ouvertes en même temps, difficile à appréhender et un peu effrayant quand on arrive.

Autre chose : cet OS était trop contraignant pour créer du contenu à l'intérieur en termes de mise en page, et le fond d'écran animé était très présent visuellement. Je voulais une page Craft qui fonctionne comme un canvas libre. Dans un système de fenêtres, chaque exploration devenait un combat contre le concept.

Cette version aurait pu sortir, mais je ne la trouvais pas efficace ni faite pour les bonnes raisons.

Le choix difficile

Le savoir ne rendait pas la chose facile. Des mois de travail, une version dont j'étais très satisfait et à laquelle j'étais très attaché. La supprimer semblait absurde.

Je ne l'ai pas supprimée. J'ai fait le choix de mettre tout ce système de côté, pour en faire autre chose plus tard.

Une idée peut être bonne et se trouver dans le mauvais projet. Ce n'est pas la même chose qu'une mauvaise idée, et ça ne se traite pas pareil.

Une fois ce choix fait et cette place libérée, le reste est venu très vite.

La version en ligne

C'est un peu la synthèse de toutes les versions précédentes. J'y ai trouvé un équilibre entre la mise en avant de mes travaux et la conversation de détails cools, tout en restant minimaliste.

Tout le site repose sur un système de grille, ce qui rend l'ensemble cohérent et modulaire. Ce système s'adapte, tient sur écran d'ordinateur et sur mobile sans design séparé. Il accueille des projets de formats différents sans casser. Et il me laisse des cellules vides à remplir avec les petites choses que j'aime fabriquer, sans qu'aucune ne gêne le travail.

Tout est visible à l'arrivée. Sur mon ancien site, les projets étaient enterrés à plusieurs clics de profondeur. Ici la navigation est simple et accessible partout, un visiteur peut me joindre en un clic depuis n'importe où.

C'est aussi la première version où je parle résultat et business dès l'entrée, avec Bolt. J'ai mis beaucoup de temps à accepter d'afficher cette stat, parce que j'ai horreur de me jeter des fleurs, mais c'est une métrique trop intéressante pour la cacher au fond d'une étude de cas. C'est également la version où j'accorde le plus d'importance au contenu rédigé, parce qu'expliquer la démarche derrière une création compte autant que la montrer.

Frames Figma

J'ai gardé une chose de l'esprit de l'OS : tout avoir dès l'arrivée. Qui je suis, ce que je fais, comment me contacter. Efficace.

Une chose a survécu du site de Henry : le sound design. Je voulais qu'explorer le portfolio soit physiquement satisfaisant. C'était la partie de son concept qui valait d'être reprise, et j'ai toujours poussé un peu plus loin le côté satisfaisant des sons dans mes portfolios.

J'ai construit cette version en deux semaines.

Le chiffre n'a de sens qu'à côté des trois ans. Elle a été fluide à créer parce que chaque question ouverte avait déjà reçu sa réponse, chèrement, ailleurs. Concrètement, c'est la version OS qui a permis ce temps de création très court. Construire tout le design m'a paru une évidence dès le début, ce que j'ai pris pour un signe que c'était la bonne version.

Agent Mode

À la base je comptais conserver l'OS en guise de jardin secret quelque part sur le site, mais ça ne me paraissait pas pertinent, plutôt forcé.

En revanche, il y avait quelque chose d'intéressant à creuser : la capacité d'un site à être lu par une IA. Une nouvelle manière de penser les sites, les rendre agentic.

J'ai donc créé une version texte minimaliste du site, inspirée de l'écran de démarrage d'un vieil ordinateur, histoire de rendre tout de même hommage à la version OS. Dedans, le même contenu sans grille, sans sound design, sans mise en scène. Juste le texte, structuré et lisible d'un bout à l'autre.

Agent Mode

Une partie des utilisateurs du web se reconnaîtra peut-être : vous utilisez les LLM comme moteur de recherche. Un portfolio qui n'existe que sous forme de visuels n'a aucune chance d'y apparaître.

Cette version, c'est un peu l'inverse de ce que faisait l'OS. L'OS demandait au visiteur d'apprendre une interface avant d'accéder au travail. Ici, il ne reste rien ou presque entre le lecteur et l'information.

Et un humain pressé peut la lire aussi. C'est souvent la façon la plus rapide de savoir ce que je fais.

Si vous construisez le vôtre

Trois ans, trois versions abandonnées. Ça a l'air d'un échec raconté comme ça, mais c'est surtout ce qui a rendu la dernière possible en deux semaines.

Est-ce que j'aurais dû les publier au fur et à mesure, quitte à montrer des versions qui ne me satisfaisaient pas ? Je ne sais toujours pas. Ce dont je suis sûr, c'est que sans elles la version actuelle n'existerait pas. Chaque impasse a répondu à une question que je n'aurais pas su poser autrement.

C'est peut-être ça le vrai sujet. Pas trouver la bonne version du premier coup, mais continuer à itérer et à se remettre en question assez longtemps pour qu'elle apparaisse.

Et ce que vous aimez et qui n'a pas trouvé sa place ici en aura peut-être une ailleurs. Rien ne se perd vraiment. :)

PS : si vous êtes en train de travailler sur votre portfolio, envoyez-le moi, je me ferai un plaisir de vous aider.